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Mission N°2 à TAMATAVE

10 élèves de l’atelier droit de l’homme, accompagnés de leurs 2 professeurs se sont rendus à TAMATAVE (MADAGASCAR) du 16 au 23 mars 2015.

4 élèves avaient été sélectionnés pour le concours de plaidoiries malgaches


LYCEE LAPLACE - MISSION TAMATAVE (MADAGASCARMARS 2015

Voici quelques paroles d’élèves sur les points forts de notre mission.

 

Centre nutritionnel Tamatave Aide, association qui vient en aide aux enfants dénutris et à leurs mères. ( pas de photos volontairement)

Ce matin, c’est la rencontre avec Mme Sandra Jahiel, l’infirmière du lycée français mais qui est aussi à l’origine d’une association incroyable, Tamatave aide qui vient en aide aux jeunes femmes démunies avec enfants. Elle est aidée de deux bénévoles Aurélie Terraillon et Christelle Nijdam, la documentaliste du lycée. Avant de nous rendre au centre, un petit local qui dépend de l’hôpital public, on avait très vite mesuré l’ampleur du problème : manque d’argent public, de formations, le tout arrosé de corruption. Mais passer du lycée français au centre nutritionnel, même préparés, c’est un choc ! D’un côté l’aisance, la sécurité, l’instruction, de l’autre l’abandon, la faim, l’ignorance qui déboussole. Nous sommes rentrés dans une pièce où des mères ? des sœurs ? donnaient à manger à leurs enfants mal nourris à des stades plus ou moins avancés. Que faire ? que dire devant ces enfants qui ne sourient pas ? Sourire ? Et puis cette odeur écœurante… Je me suis senti mal, j’ai eu envie de sortir. Pourquoi les Européens ne font-ils rien ? On a des responsabilités face à des gens qu’on a exploités. Il faut le voir pour le croire. J’ai vu, j’ai vécu et je peux l’affirmer. Ce soir, je n’ai rien pu manger, j’avais l’impression que la nourriture avait la même odeur écœurante que le centre… En fait, je pense plutôt que je m’écœurais moi-même. ( Q.L.)

Chez nous, on a un médecin pour 300 habitants. Ici, c’est pour 6200. Sans commentaire ( F. P.)

Grâce à ce voyage, nous avons pu comparer nos modes de vies, et ce qui est positif chez eux est négatif chez nous et réciproquement. Nous avons l’hygiène, la sécurité, le confort, tandis qu’eux sont plutôt sociables, accueillants et généreux ; nous avons le matériel, ils ont le mental. SI je devais conclure, je dirais que c’est une expérience incroyable, qui a changé mon regard envers les autres et qui me donne encore plus envie de m’investir dans des associations d’aide à l’enfance. Je n’ai pas pitié d’eux, j’ai honte de nous. Le nouveau pouvoir a construit de beaux hôpitaux, vides, sans matériel ni médecins. Au sens propre, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. ( J.B.)

A l’hôpital public, il faut fournir son drap, ses serviettes, il faut faire son ménage et ses repas, et il faut tout payer d’avance, sinon pas de soins ni d’opérations. Il n’y a pas de sécurité sociale. Il faut fournir le fil pour les points de suture. Tamataveaide@gmail.com ( J.N.)

Les conditions sanitaires à Madagascar sont de plus en plus graves, les habitants ne peuvent plus payer leurs consultations dans les dispensaires de base. ( 10000 ariarys = 3-4 euros). L’écart entre les riches et les pauvres est de plus en plus important à cause de la corruption, même des médecins qui eux aussi sont sous-payés. Heureusement qu’il y a des gens comme Sandra, Aurélie, Christelle qui aident les autres mais sans les assister : elles insistent là-dessus : il faut aider, mais responsabiliser ; aider mais que la maman s’implique. Avec le groupe, avant de partir, on a décidé que l’on donnerait nos derniers billets au centre.( B.B.)

 

La vie, la ville, la rue.

En face de l’hôtel, il y a un terrain entouré de murs, avec au centre une maison principale de deux étages et pleins de petites baraques ou plutôt taudis tout autour. Je pense que sur ce terrain, en Europe, il y aurait un pavillon seul, avec de l’herbe tout autour, il y aurait une famille ou un couple. Mais là, c’est tout autre chose : il y a 8 familles exploitées par le propriétaire pour une minuscule parcelle de sol. C’est ça ou les fossés.( A.T.)

Ce qui est fou dans cet urbanisme sauvage, c’est le mélange de technologie et de pauvreté : ce n’est que rafistolage, les lignes électriques vont dans tous les sens un peu comme la circulation qui mélange 4X4 prétentieux, vieilles bagnoles déglinguées et pousse-pousse incontrôlables. Follow me nous dit que la circulation anarchique et le nombre croissant de pousse-pousse est un indicateur économique : c’est le dernier des métiers avant le chômage ou le vol. (A.T.)

 Dans le Tamatave historique, Follow me, notre guide, surnommé ainsi à cause de son T.shirt, nous disait, à notre étonnement, que certains regrettaient la période coloniale. De fait, on a des restes d’infrastructures françaises mais déshabitées, des chemins de fer abandonnés, des maisons coloniales magnifiques en ruine, les routes en nids de poule, des égouts sans entretien… Je m’aperçois que c’est compliqué à réfléchir, en tout cas, c’est plus compliqué que je ne le croyais.( A.T.)

 

Les plaidoiries

Vues par nos candidates, Mathilde Locard et Fanny Patrice puis Léa Morvan et Coline Edot

Le matin, très tôt, maquillage, tresse, chignon, robe, talons, même les garçons s’étaient mis sur leur 31. On avait beaucoup répété, stressées mais détendues : faites que le jour du bac, ce soit pareil ! Ensuite la salle, près de 400 personnes, et les discours d’introduction qui n’en finissaient pas. Fanny et moi, nous passons en deuxième. Premier groupe : les filles ont des trous de mémoire épouvantables, on se met à leur place… Antonio vient nous chercher, tout le monde nous regarde, il règle les micros et c’est moi qui commence… On y est ! Une fois lancée, ça marche comme sur des roulettes jusqu’à ce que ………………………… catastrophe ! J’ai un trou ! Fanny compense mais en inversant un paragraphe ; pourvu que cela ne se voie pas ! « Membres du jury, honorable assistance, je vous laisse deviner comment se prénomme la fille d’Emma, qui a désormais 4 ans ». C’est fini. Quelle pression ! Antonio nous aide à « redescendre ».

Au final, nous n’avons pas été classés. Je suis déçue, mais le moment était fort : je n’aurais donné ma place pour rien au monde. On est rentré à l’hôtel après des selfies avec les Malgaches. (M. L.)

 

Le stress monte de plus en plus mais les Malgaches qui passent aussi pour défendre une idée nous soutiennent et nous encouragent. […]Léa et Coline ont été super ! On se disait que, quoi qu’il arrive, on aurait vécu une expérience extraordinaire et que c’était grâce à elle qu’on avait rencontré des filles et des garçons géniaux : je pense à Célia et Antonio, qui évoquait la tristement célèbre compagnie d’électricité malgache JIRAMA dont les pannes handicapent toute la vie économique, domestique, estudiantine de Tamatave. Ils ont gagné et donc on pourra les revoir à Caen cet été, puisque leur prix est un séjour à l’université d’été chez nous. ( F.P.)

 

 

 

Le lycée technique

Ce mercredi 18 mars, nous sommes allés au lycée technique de Tamatave. Franchement, on se plaint des murs de notre lycée qu’on aimerait voir repeints mais là, c’est sans comparaison… Certes, ils ont plus des espaces verts, ou du moins d’espaces qui ne sont pas bétonnés, mais quoi d’autre ? 50 par classe, des tableaux pour écrire à la craie tellement usés qu’on ne peut plus rien y lire, une salle informatique pour 1400 élèves, des bâtiments délabrés, pour le secrétariat, des machines à écrire d’une autre siècle et nous n’avons pas vu les ateliers… Et pourtant les élèves ont le sourire… On a été accueilli avec beaucoup d’honneur : discours, danses traditionnelles, ils ont un côté officiel mais chaleureux. Avec certains élèves, depuis, on communique régulièrement. Les profs entre eux font la même chose, je crois. (A.T.)

J’ai beaucoup aimé l’accueil et l’ambiance du lycée, rien à voir avec la France. J’aimerais beaucoup que la vie dans notre lycée soit comme ça, même si j’avoue préférer la France pour ce qui est de l’éducation. Par exemple, au technique, ils n’ont que 13 postes informatiques pour 1300 élèves, ils sont plus de 40 par classe, entassés à 3 sur des bureaux plus petits que les nôtres, sans climatisation alors qu’il fait plus de 30°…(L.M.)

Le canal des Pangalanes

Journée en bateau sur le canal. Antoine, notre guide, nous explique son importance économique, les gens viennent de villages reculés en pirogues pour vendre ce qu’ils ont : du sable qu’ils sont allés chercher en plongeant, des feuilles de palmiers, etc. Il faut parfois un jour, voire plus, pour faire l’aller et le retour.

Nous nous sommes arrêtés dans un petit village de pécheurs. Quelques wasa ( blancs) s’y arrêtent mais sans plus. Je ne sais pas comment cela s’est passé, mais nous, on avait notre temps, alors sans même parler la même langue, on a échangé avec les enfants, des sourires, puis des rires, et des gestes : la petite fille que je tenais par la main trouvait visiblement mes bracelets en fils très beaux : j’ai décidé de lui en faire un avec les fils en coton que j’avais dans mon sac. Elle m’a gentiment fait comprendre que les autres enfants devaient en avoir aussi ! J’ai trouvé hallucinant la façon dont le courant passait, sans mots, seulement avec des sourires. Le sourire sur le visage de Brenda quand je lui ai donné mon bracelet, et celui dans les yeux de chaque enfant à qui j’en ai fait un était inoubliable. C’est le genre de rencontre qui marque, qu’on n’oublie pas. Tanguy a même laissé aux enfants, qui ne voulaient plus s’arrêter de dessiner, son cahier et ses crayons. De retour dans le bateau, je crois que j’ai, l’espace d’un temps, été aussi heureuse et même plus que ces enfants. (L.M.)

 

Un grand merci à tous nos interlocuteurs sur place :

A M. Antonio Da Silva Melendo, professeur au lycée français et organisateur des plaidoiries.

A M. Jonas Bochet, directeur de l’Institut des Droits de L’Homme.

A Mme Gwenaëlle Diara-Rossignol, coordinatrice de la coopération décentralisée entre la région Basse-Normandie et la région Atsinanana.

Au proviseure du lycée technique, Mme Noëline Robson et à M. Prosper, chef des travaux.

Aux travailleuses de l’ombre : Françoise Fortin, Laetitia Gurgui, Mariette Mamy. 

Et à la Région Basse-Normandie sans laquelle ce projet n’aurait pu voir le jour.

 

Mme Caillon et M. Gonthier

proviseur

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